Lorsque toute la couvée est bien dégourdie, on place la mère sous une mue. La mue est une invention cruelle, mais elle est trop souvent nécessaire pour que j'en blâme l'emploi. C'est une cage ronde d'un demi-mètre de haut sur 3 mètres de circonférence; elle est faite à claire-voie et en osier, ses barreaux ne sont pas assez espacés pour permettre aux poulets d'en sortir; pour qu'ils puissent courir autour pendant que leur mère est enfermée dessous, on la soulève un peu d'un côté, de cinq ou six centimètres, en glissant sous son bord inférieur un petite pierre ou un petit morceau de bois. C'est de là que la pauvre mère voit ses petits courir à l'aventure sans qu'elle puisse les suivre et leur porter secours; c'est de là qu'elle les rappelle près d'elle au moindre danger.
S'il fait froid, la mue doit être placée dans une chambre saine et chaude, ou dans un coin de la cour bien abrité; s'il fait chaud et si le soleil donne sur la mue, ce qui est très favorable, il faut la couvrir de toile ou de paille, pour que les rayons du soleil ne dardent pas directement sur les poussins, au moins dans toute l'étendue de la mue. On dépose sous la mue une assiette peu profonde avec de l'eau claire; s'il fait froid, l'eau doit être tiède; puis on jette de la mie de pain émietté, et on ajoute du grain pour la mère, car la tendresse n'éteint pas les besoins, et la faim est parfois si impérieuse que la mère avale la plus grande partie de la provision destinée à ses petits. Il faut faire chaque jour plusieurs distributions et ne laisser les poulets sous la mue que pendant deux heures le premier jour; encore faut-il que ce soit pendant une heure de la matinée et une heure de l'après-midi.
Quand les poussins ont mangé, on les prend et on les couche dans le panier qui a servi à la couvée; quelquefois la mère suit la personne qui les emporte, et va se poser d'elle-même sur son panier; d'autres fois il faut l'y placer et même l'y couvrir, parce qu'elle pourrait en sortir et y laisser ses petits, qui, ainsi privés de sa chaleur, souffriraient du froid. Il est même convenable de préparer à la mère un nid à terre bien garni de paille, parce que, quand les poulets sont plus forts, ils sortent et rentrent à volonté sans accident, tandis que, si on les laisse dans le panier, toujours placé un peu haut, ils tombent souvent hors du panier, et ces chutes occasionnent des blessures ou la mort.
Dès le troisième jour il faut remplacer le pain par du froment,
auquel on peut mêler avec avantage du chènevis, du sarrasin et