par leur en introduire une dans le bec, et on la conduit jusque dans l'estomac. Le lendemain on leur en fait avaler deux, puis trois, et jusqu'à douze ou quinze. Ils digèrent cette nourriture, mais elle communique à leur chair une saveur huileuse et désagréable, si on en donne en trop grande quantité.
Après quatre ou cinq semaines d'engraissement, les dindons doivent être parfaitement gras.
Je ne puis trop le répéter, il faut procéder avec la plus sévère économie, ne pas perdre la plus petite partie d'aliment et employer les grains qui coûtent le moins cher pour faire ces engraissements avec profit, quand on en fait une spéculation. Si l'on se laisse aller au moindre désordre, si l'on emploie des grains d'un prix trop élevé, si l'on nourrit à tort et à travers les dindons qui sont à l'engrais et ceux qu'on n'engraisse pas, le profit sera nul, si même on n'éprouve pas de perte.
Quand on engraisse quelques dindons pour la consommation de la famille, l'avantage de les avoir à sa portée, de pouvoir leur faire consommer une foule de débris de cuisine, et surtout d'avoir des bêtes fines et parfaitement grasses, peut établir une compensation avec les frais; d'ailleurs on ne peut pas toujours, dans tous les pays, se procurer, même à prix d'argent, des volailles grasses et délicates comme le sont celles qui ont été engraisées par le procédé que j'indique, et si on se trouve dans un pays où les châtaignes sauvages, les faînes et les glands sont abondants, l'engraissement sera très peu coûteux et peut-être complet avec les ressources qui seraient souvent perdues si les dindons ne les consommaient pas. Si l'on a de grands champs à faire parcourir, lors même qu'ils seraient semés en trèfle, les dindons peuvent y pâturer : ils font peu de tort aux fourrages, car ils ne mangent pas, comme les oies, jusqu'au cœur de la plante; ils se bornent à arracher quelques feuilles à l'aide de leur bec pointu. L'engraissement est tellement bien préparé par cette bonne nourriture qu'on arrive à le parfaire à peu de frais et en peu de temps. Mais, si l'on n'envoie pas les dindons aux champs ou si on ne peut les faire pâturer que sur des terres vagues et dévorées par une foule d'autres bêtes, ils coûteront, sans aucun doute, plus qu'ils ne vaudront.
Les dindons mâles engraissent bien plus difficilement que les
dindes, il est même presque impossible de les amener à un état
de graisse parfait; ils sont beaucoup plus gros que les femelles,
mais aussi leur chair est moins délicate. Un dindon gras peut